Les Forbans du Bono

 

Gravure 1946

Site remarquable du Golfe du Morbihan, connu aujourd’hui pour sa ria, son pont suspendu et son petit port, Le Bono, hameau de Plougoumelen dont il s’est séparé en 1947 suite à un remarquable essor, vivait il y a un siècle presque exclusivement de la mer. Quatre cents marins armaient alors une centaine de forbans  pendant que les femmes et les retraités exploitaient la rivière, l’un des berceaux de l’huître plate…

Le petit port du BonoAu sein des communautés de pêcheurs qui d’Audierne aux Sables d’Olonne arment pendant l’été des centaines de chaloupes à la sardine, mais également, selon les ports et les saisons, à la senne, la ligne, aux casiers ou au chalut, les bonovistes, spécialistes du chalutage côtier, occupent avec leurs forbans une position tout à fait marginale en ne pratiquant qu’un seul métier.

Pour faire face à la diminution des ressources halieutiques du Golfe et à l’appauvrissement des huîtrières naturelles, la Marine a joué un rôle non négligeable dans l’évolution des techniques de pêche locales. Témoins, les chaluts offerts par l’Administrateur de Vannes aux sinagos vainqueurs des régates du Golfe vers 1880 pour les inciter à pratiquer le chalut à perche en baie de Quiberon. Régates auxquelles participent  les forbans.

La création des criées du Croisic ou de La Trinité sur mer raccordées au réseau ferroviaire, l’urbanisation et l’expansion de La Baule ou de Saint Nazaire jouent certainement un rôle dans ce choix, leur offrant une “niche économique” exempte de concurrence.

De là à penser que des possibilités nouvelles de commercialisation liées au développement du chemin de fer furent responsables de l’essor de notre village et de celui du forban sous sa forme la plus achevée, il n’y a qu’un pas.

Sans donner lieu à un appareillage collectif ni à une cérémonie religieuse, la pêche reprend chaque année en mars, suite à la drague aux huîtres.

Jusqu’au mois de mai, les forbans travaillent en baie de Quiberon et dans les coureaux de Belle-Ile où abondent soles, tarches, raies et quelques merlans débarqués le plus souvent à La Trinité. Par vents d’Est ou de Nord-est, quelques audacieux se risquent en baie d’Etel.

En ce début de saison, les sorties sont courtes : une journée, une nuit. Néanmoins, si le temps le permet, ces premières “tournées” peuvent durer une semaine. Profitant de la fermeture dominicale de la criée, les pêcheurs rentrent au Bono le samedi après la vente, laissant parfois leurs bateaux à La Trinité.

Deux ForbansLiée à l’arrivée des brises thermiques sans surprises, la “saison” commence fin mai, début juin. Si chacun a ses habitudes et son port d’élection, le vent a parfois le dernier mot quant au choix du lieu de vente. 

Le chalut n’étant pas sélectif, le poisson plat, tout particulièrement la sole, reste convoité tout l’été. Outre quelques merlans, rougets ou grondins, raies et crustacés méritent d’être mentionnés. Présente toute l’année, la raie bouclée est particulièrement abondante à la fin du printemps. “On pêchait de jour comme de nuit à La Chimère  et aux Grands sables à Belle-Ile. Il y en avait en quantité mais elle n’était pas grasse.” Au début de l’été, tourteaux et araignées sont l’objet de bonnes pêches. Encore faut-il pouvoir les vendre !

La majorité des patrons préfère Le Croisic ou Le Pouliguen qui deviennent de véritables colonies bonovistes où quelques-uns feront souche. 

Saint Nazaire a aussi ses adeptes  qui travaillent dans le chenal de la Loire, sous la Lambarde, entre les phares des Charpentiers, de La Banche et du Pilier. 

Coïncidant avec le départ des estivants, la “saison” s’achève fin septembre vers la Saint Sauveur. Pour la Toussaint, tous les forbans ont regagné la baie de Quiberon où les soles cèdent la place aux merlans, source de pêches parfois miraculeuses. Donnant lieu à de courtes sorties, cette pêche hivernale, pas toujours facile à commercialiser, n’est pas pratiquée par tous.